“ANATOMIE TITUS FALL OF ROME”
Heiner Müller

Le Repas
« Titus Anatomie Falls of Rome » se présente comme un conflit de civilisation, la romaine et la barbare, la notre, où la vengeance anéantit le droit et la justice.

De Titus, nous proposons une lecture qui repose sur l’avidité de notre société de consommation, son raffinement pour dévorer et réduire au chaos organisé tout ce qui tombe dans ses fausses.
Dans Titus, la chair de l’homme est une viande à consommer par la violence carnivore de l’Histoire.

Nous utilisons le Banquet, comme image symbolisant la construction/destruction de l’altérité. Une symbolique qui tente de cerner la violence vorace et sans goût, « cœur tendre » de cette pièce.
Le repas cannibale de Titus Andronicus peut-être lu en miroir comme le signe du pourrissement ultime de l’empire romain.
L'anthropophagie serait ainsi la métaphore de la décadence des empires !

Titus saigne, dépèce, débite, cuit, transforme en pâté, en andouille ses ennemis afin de confirmer sa vengeance.
Nous sommes dans l’antre du pouvoir où la victoire passe par la disparition de l’adversaire. Car il s’agit bien ici de dévorer l’ennemi pour l’annihiler corps et âme.

Avec Titus, tous les interdits fondamentaux de la civilisation – en temps de paix - volent en éclats.
Lorsqu’on transgresse toutes les règles du « vivre ensemble », on peut très bien célébrer la trangression dans un Banquet cannibale !

Le Temps
Grü saison Chaos !
Du marketing ou une thématique développée par le théâtre à travers le temps ?
Shakespeare et Müller créent une poétique afin de pouvoir l’opposer à un chaos, avec lequel désormais tout ordre selon eux doit s’expliquer.
« Dostoïevski a posé la question : que se passe-t-il quand on tue un scarabée ou une mouche? Quelque chose commence là qui peut être perpétué à l’infini. L'impulsion se libère parce qu'un scarabée est quelque chose d'étranger. Un scarabée a un rythme de mouvement pour nous inhabituel. Tout ce qui est inhabituel irrite, dérange; de là naît en Europe l'impulsion à l'uniformisation. Les mouches dérangent seulement. C'est pourquoi on les tue. »

Dans Shakespeare, c’est souvent à table que se règlent les comptes… et on sait que la vengeance est un plat qui se mange froid.
Un repas donc, où nous allons surcharger l'ordonnance des mets avec de la musique, en la privilégiant au détriment de solides et robustes nourritures que constituent le corps même de la pièce.
Et afin de rééquilibrer tout ce festin, il y aura pour les amoureux de sons tendres, des échanges de mots qui se substitueront insensiblement à la dégustation des mets.
Nos convives vont glisser sans s'en apercevoir d'une bouche à l'autre, d'un régime de l’oral à l'autre… bref en dégustant, ce dont parlent les acteurs.

Le travail avec la langue
Affirmer à travers le texte de Müller le rapport essentiel existant entre nourriture et voix, parole, langue et musique.

L’écriture de Müller se prête à un travail de dépeçage de la langue.
Elle sera démembrée et découpée en segments sonores.
Elle sera débitée, hachée, voire morcelée pour figurer dans une composition où intonations, cris et rires cherchent à symboliser toute la violence de la pièce.
Une langue fricassée, une langue farcie, une langue à point !

La théâtralité de Müller passe par la théâtralité de sa poétique. Nous ne cherchons pas à jouer les textes de Müller mais nous voulons jouer AVEC leur musicalité et leur rythme.

Vous l’avez compris, notre spectacle traite d’avalage, manducation, ingestion et digestion de la parole.

L’Espace
Un espace qui se décline, une géographie qui se craquelle et surtout la marge !
Sans laquelle, selon Müller, point de vérité.
Au dessous, le pulsionnel, où trônent l’avidité, la vengeance et le pouvoir.
Une arène donc, le ventre du spectacle.
Au dessus, le diaboliquement musical où trônent l’Ange Malchanceux,
la machine à sons, l’ange des histoires.
Face à Face, le public qui se scrute, nous scrute,
témoin entres deux mets de notre avidité et de notre voracité.

 
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