Je m'appelle Jocaste.
Regarde-moi

Ni reine, ni veuve, ni épouse, ni mère.
Elle s'appelle suicidée, cette femme immonde et qui est morte seule et souillée sans que les regards de la cour et des devins, des bergers et des messagers n'aient cherché la trace de son corps. Transparente pour cause d'horreur.


Muette...
Écoute... un tout petit écho, et qui vient de si loin...

"C'est moi qui vous dirai l'horreur de ce qui s'est passé, que vous n'avez pas vu. Mais vous saurez, autant que ma mémoire s'en souviendra, ce qu'a souffert la malheureuse. Folle d'horreur, elle a couru au lit nuptial, s'arrachant à pleines mains les cheveux.

Elle entre, claque violemment les portes derrière elle, invoque Laïos, le roi défunt et son premier époux : elle se remémore le passé, cet enfant qu'il lui fit et par qui il mourut, et les enfants, qu'elle eut elle-même, de son fils parricide. Elle gémit, misérable, sur cette couche où tour à tour elle enfanta un époux de son époux, et des enfants de son enfant.
Après cela... je ne sais pas comment elle a péri, car Œdipe s'est précipité en hurlant, alors, ce n'est plus elle, mais lui qui a captivé nos regards".

Michelle Fabien

Une Femme : Jocaste
Qu'est-ce qui peut nous dire aujourd'hui ce mythe silencieux ? De quoi nous parle cette femme aujourd’hui ?
Elle nous parle du désir. C´est l´histoire d´une femme submergée par la passion et l´horreur qu´elle lui inspire.
C’est aussi un voyage avec et dans la parole d’une femme qui vient nous restituer la vérité. Celle du sens d’un amour. Une parole forte, violente, sensuelle toute trempée dans les eaux des enfers...

Qui est cette femme ?
Jocaste est la reine de Thèbes, épouse d'Œdipe, étranger monté sur le trône après avoir vaincu la Sphynx et sauvé la ville du monstre. Après dix-sept ans passés auprès de son bien aimé, elle découvre que ce dernier, le père de ses quatre enfants, n'est autre que son propre fils. L'oracle disait vrai, Jocaste se pend. Œdipe se crève les yeux et la peste s'abat sur Thèbes.

Dans cette pièce, écrite par Michèle Fabien, le mythe d'Œdipe se lit dans les yeux de la mère, Jocaste. Jocaste une femme avec ses aveux infernaux de mère, d’épouse et d'amante, toutes trois tendues dans une même peau pour les beaux yeux d'Œdipe.

Jocaste une femme qui ne savait pas, une amante avec un désir brûlant pour l'homme… mais pas pour le fils.
Jocaste un labyrinthe dans la mémoire d’une femme… les souvenirs se mélangent, ses cris résonnent avant de s’étouffer.
Jocaste une mère anéantie qui commet l'irréparable et permet au destin grecque de s'accomplir.

Travail sur le Texte
Avec Jocaste Le Studio d’Action théâtrale continu son travail sur des textes d’auteurs contemporaines qui nourrissent notre recherche sur la matière plastique du verbe. Le texte de Michelle Fabien nous permettra, comme avant Heiner Müller et Novarina, d’aller plus loin dans l’exploration du langage, dans la dramaturgie et la théâtralité de la parole.

Dans Jocaste les mots s’étend, se détend et retend,  se déforment et se jouent de nous dans le corps et dans le espace pour peut à peut devenir image et musique.
Jocaste dit fredonne chante cri sa passion et son désespoir.

Le personnage de Jocaste est multiple,  c’est ainsi qu’il permet, donne l’occasion de chercher la polyphonie des voix. Des voix multiples entre une femme qui est au même temps amant, épouse, mère et reine.

Le travail avec l’actrice
Pour affronter cette expérience scénique, le corps de l’actrice doit être au service de manière imperturbable à une parole qui devienne corps.
D’habitude l’acteur s’identifie à un personnage, à un sujet qui est source de sens et qui fait apparaître la parole comme produit de sa volonté. Dans notre travail sur « Jocaste», l’actrice est parlé, la parole est hors de sa volonté, elle doit être, habité, traversé par la parole des diverses « je » de Jocaste.
Ensemble avec l’actrice nous partirons dans une recherche de chaque sonorités nous voulons pas aller fouiller  une quelconque psychologie du personnage.

Le rythme
Le rythme du spectacle est fondé sur la répétition, la variation et la combinaison d’images et de différents points de vue du mythe. L’absence d’un développement linéaire du texte confère au rythme une place primordiale dans la réception par le spectateur.

Espace scénique
La scénographie est conçue pour rétablir l’intimité du drame de Jocaste, c’est à dire, sa chambre, son lit. Nous allons re-créer cet endroit symbolique où tout est arrivé : la passion et son désir pour « l’étranger », ses accouchements et sa pendaison.

En tant que public, en tant que témoins nous seront à l’intérieur, nous vivront dans cet espace et le lit de Jocaste devienne donc un îlot et un signe. Un espace avec une lumière tout en nuance, en clair-obscur : entre l'ombre et la lumière.

 

 
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